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Un contrat qui suscite des questions à Laval

5 juillet 2011 No Comment

(Texte publié sur le site RUEFRONTENAC.COM le 6 janvier 2010)

La Ville de Laval a versé près de 900 000 $ sans soumission préalable à la firme Schokbeton Québec, dont un des vice-présidents, Benoît Fradet, est aussi conseiller municipal, pour transporter et entreposer des poutres de béton provenant du viaduc du Souvenir, a appris RueFrontenac.com.

Installée à Saint-Eustache, Schokbeton Québec inc., dont la spécialité est le béton préfabriqué, est dirigée par des membres de la famille de Marc Bibeau, des fidèles du Parti libéral provincial et des proches de Jean Charest.

Quasiment tous ses administrateurs sont des contributeurs importants et réguliers du Parti Libéral du Québec, comme nous avons pu le vérifier dans les fichiers du DGE du Québec.

Selon les données du registre des entreprises du Québec, l’actionnaire majoritaire est une compagnie à numéro dont le président est Marc Bibeau.Cet homme, déjà décrit comme un des plus importants « collecteurs de fonds » du PLQ, aurait aussi été intégré à un cabinet fantôme constitué par Jean Charest il y a quelques années. Marc Bibeau et son épouse Tracy s’impliquent aussi dans des causes comme Leucan.

Un élu de la Ville embauché comme v.-p.

Selon les données obtenues auprès de la Ville de Laval, Schokbeton a reçu le 20 décembre 2000 et le 28 mai 2002 deux paiements de 474 250,78 $ et 417 604,10 $ pour des travaux « de dégagement, de démantèlement, de transport et d’entreposage du viaduc du Souvenir ».

Coïncidence, c’est aussi en mai 2002, date du dernier paiement effectué par la Ville de Laval, que Benoît Fradet a été embauché comme vice-président de Schokbeton. Or, cet ex-député libéral provincial de Vimont (1989-1994) est aussi depuis 1997 conseiller de la Ville de Laval dans le district de Renaud et membre de son comité exécutif. On retrouve son nom au sein de plusieurs organismes, en particulier comme administrateur du Fonds régional FTQ de Laval.

Il est aussi l’unique administrateur d’une compagnie à numéro ainsi que de la compagnie Fradet et associés, domiciliées à la même adresse. Beaucoup d’observateurs avisés de la scène municipale lavalloise le décrivent comme un des prétendants les plus sérieux au trône occupé depuis des lustres par Gilles Vaillancourt.

Caractère urgent

Le contrat, d’une valeur totale de 891 804 $, a été attribué à la suite de l’effondrement du viaduc, le matin du 18 juin 2000, sur l’autoroute 15. Un drame dans lequel un automobiliste a trouvé la mort. Dans un courriel adressé à RueFrontenac.com, la porte-parole du maire Vaillancourt, Amélie Cliche, a insisté sur le caractère urgent des travaux à effectuer : « Les directives de dégagement provenaient du MTQ et des autorités policières afin de dégager l’A15 de manière sécuritaire et rapide afin de rétablir la circulation. Les directives concernant l’entreposage des matériaux (éléments de preuve) provenaient du coroner. »

Mentionnons toutefois que le bureau du maire Vaillancourt n’a pas caché son agacement face à notre insistance à connaître dans quelles circonstances la compagnie Schokbeton avait obtenu ce lucratif contrat d’entreposage de poutres de béton, et pourquoi elle et non une autre.

Pas un bon sujet de reportage

L’attachée de presse du maire a d’abord vainement tenté de jouer la carte du caractère dramatique de l’événement et de faire comprendre au représentant de Rue Frontenac que ses questions étaient en quelque sorte déplacées.

« Savez-vous que c’est une tragédie qui a fait un mort ? » a d’abord lancé au téléphone la porte-parole de Gilles Vaillancourt. Dans un courriel envoyé par la suite, le bureau du maire Vaillancourt s’est justifié par le fait que seules deux entreprises au Québec spécialisées dans la fabrication de poutres préfabriquées avaient les compétences nécessaires pour cette mission.

Mais l’une des deux, Béton Préfabriqué du Lac, étant impliquée dans la construction des poutres en question et donc « sous enquête » à la suite de la tragédie, elle ne pouvait pas être retenue. Pourtant, en 2001, des médias ont relaté que la Ville de Laval jugeait trop élevés les frais d’entreposage facturés par Schokbeton.

Pourquoi la Ville a-t-elle fini par payer la note, au terme de quelles tractations et sur quelles bases ? Sur ce point, Amélie Cliche nous a recommandé de faire une demande d’accès au greffe de la Ville. Elle nous a toutefois indiqué que le gouvernement du Québec avait épongé une partie de la facture.

Béton et centres commerciaux

Nous avons joint Schokbeton à deux reprises afin de solliciter une entrevue avec un des dirigeants de la compagnie ainsi que monsieur Fradet. Notre interlocutrice nous a plutôt demandé de faire parvenir notre liste de questions par courriel.

Plus tard pendant la journée, celle-ci nous a indiqué qu’il faudrait plusieurs jours avant que nous puissions obtenir les réponses souhaitées. Fondée en 1962, Schokbeton a son nom associé à des projets d’infrastructures d’envergure un peu partout dans le monde. Le plus connu est le Stade olympique. Cette compagnie participe aussi à la construction d’une vingtaine de ponts de la future autoroute 30.

En plus du béton, la famille Bibeau compte dans son giron les centres commerciaux Beauward ltée (Galeries Joliette, Saint-Eustache, Saint-Hyacinthe, etc). Nous avons voulu vérifier si la famille Bibeau avait contribué au parti PRO du maire Vaillancourt dans les années 2000 à 2002, période coïncidant avec le contrat évoqué, mais la trésorière de la Ville de Laval nous a indiqué que les rapports financiers antérieurs à cinq ans sont systématiquement détruits.

L’automne dernier, RueFrontenac.com a évoqué le cas d’un autre conseiller de l’équipe Vaillancourt, Jean-Jacques Beldié, dont la belle famille a obtenu plusieurs dizaines de millions de contrats en infrastructures de la Ville de Laval et du MTQ. Voulant questionner l’administration municipale sur le sujet, le Mouvement lavallois, parti d’opposition, a plus tard reçu une mise en demeure le menaçant de poursuites.

(Fabrice de Pierrebourg)