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Le Canada va t-il vraiment quitter Kandahar en 2011 ?

18 février 2010 No Comment

À quelques mois de son retrait total de l’Afghanistan, le Canada au lieu d’acheter des valises s’apprête plutôt à signer un contrat de 2,7 M$ pour l’hébergement de 250 soldats sur la base de Kandahar, en plus de plancher sur la construction d’une plateforme pour ses opérations secrètes.

J’ai en effet en effet découvert un avis d’intention affiché le 8 janvier dernier par Construction de Défense Canada sur deux sites gouvernementaux américain (FBO) et canadien (MERX)

Le libellé mentionne la «construction de nouvelles installations pour 240 personnes dans le secteur Canada 9 du contingent canadien au Terrain d’aviation Kandahar». Sans plus de détails.

On note aussi qu’il s’agit d’une phase III.

Gaspillage ou coup fourré ?

Voilà qui est plutôt étrange pour un pays qui a annoncé son intention de rapatrier toutes ses troupes au cours de la prochaine année.

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Patrouille dans la ville de Kandahar (photo Fabrice de Pierrebourg (c) )

Ce retrait s’annonce déjà comme un cauchemar logistique et opérationnel. Les troupes canadiennes disposent d’une quantité phénoménale de matériels et d’équipements tant sur la base de Kandahar que dans les bases avancées disséminées dans la province. Même si beaucoup d’engins risquent de finir leur vie à côté des reliques militaires de la débâcle soviétique, parce que irréparables, la tache s’annonce ardue et coûteuse. De l’ordre de 779 M$ sur deux ans (2011-2012) si l’on en croît les chiffres divulgués l’été passé

Le député libéral fédéral canadien Denis Codere, qui a été critique de l’opposition officielle pour les dossiers de la défense nationale et qui s’est même rendu par ses propres moyens en Afghanistan en 2007, a beau chercher une explication valable, il ne la trouve pas.

Alors, à ses yeux, il n’y a pas trente-six scénarios, c’est soit du gaspillage, soit un «coup fourré» du gouvernement Harper.

«C’est quoi le but ? C’est le moment de préparer des containeurs, pas de bâtir. Qu’est ce que l’on veut faire ? Un leg ? Si c’est le cas, c’est du gaspillage alors qu’au même moment le gouvernement coupe dans des services à la Défense Nationale. À moins que le gouvernement soit en train de nous dire qu’il va maintenir des soldats et/ou des civils sur place après 2011».

Réparations des tentes

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Un des tentes du contigent canadien sur la base de Kandahar (KAF)

La majorité du contingent canadien a établi ses quartiers au sein de la gigantesque base multinationale de l’aéroport de Kandahar. Le quartier général dispose de bâtiments préfabriqués dans lesquels il a installé ses bureaux.

Les visiteurs de marque et une partie des militaires sont hébergés dans des habitations préfabriquées de type ISO (unités empilables ayant le format d’un conteneur). Mais pour la plupart des soldats, le séjour en sol afghan se fait sous des tentes de huit personnes chacune. Le confort y est rudimentaire, comme le représentant de ruefrontenac a pu le vérifier lors des ses séjours antérieurs. Mais pourquoi changer à quelques mois du départ ?

«On a besoin de rapatrier les tentes au Canada pour les réparer afin qu’elles soient prêtes pour une prochaine mission», justifie le major Donald Dubois, de la Force expéditionnaire du Canada. [...] Et aussitôt que la mission dépasse 24 mois, les soldats doivent être logés non plus sous des tentes, mais dans des ISO.»

Ceci est tout à fait compréhensible mais pourquoi avoir attendu si longtemps. Plusieurs rotations se sont succédées avant que le gouvernement ne se décide à leur offrir mieux que leurs tentes de toile perméables au vacarme incessant de la piste de l’aéroport, à la poussière et aux odeurs «fécales» flottant dans l’air ?

Pas de gaspillage

Le major Dubois réfute toute idée de gaspillage et de mauvaise planification : «C’était déjà prévu, mais ce genre de projet prend du temps. Les phases 1 et 2 ont été menées en 2007 et 2008. On espère être capable de les revendre à la fin de la mission. La demande est assez forte sur la base pour ce type d’hébergement».

Denis Coderre se questionne aussi sur le processus d’attribution du contrat. Il remarque par exemple que le délai alloué aux compagnies pour se placer sur la liste préliminaire est très court, de l’ordre de six jours. Ces firmes doivent de plus être «approuvées» par l’Otan. Ce qui fait dire au truculent député libéral que cela sent peut être un «cadeau» à une firme amie ou une «commande» particulière.

Remarquons aussi au passage que le site américain fourni plus de détails sur le processus de l’appel d’offre que le site canadien.

Autre construction pour des missions secrètes

Ce n’est pas la seule infrastructure que le Canada se prépare à bâtir. Sur son site internet, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale nous apprend, dans un avis daté de mai 2009, que la Défense nationale planche sur la construction en trois phases «d’une rampe Renseignement, surveillance et reconnaissance (RSR) et d’une infrastructure de l’escadre aérienne», toujours à l’aérodrome de Kandahar.

En clair, cette structure va abriter un drone, un avion  sans pilote tactique (ou UAV) et l’équipe chargée de ses opérations ultra-secrètes.

Dans ce document sommaire, il est spécifié que la phase 3 comprendra la construction de «nouveaux bâtiments semi permanents pour loger le personnel RSR-AERO dans Canada 9».

Ceci n’a rien à voir avec le contrat évoqué plus haut, jure le major Dubois.

L’armée canadienne loue depuis le début de l’année 2009 à la compagnie MacDonald Dettwiler and Associates (CB) un drone israélien HERON CU170 . Ce modèle, utilisé lors des conflits à Gaza et au Liban, est capable de voler à haute altitude sur un rayon d’action d’au moins 200 km avec une autonomie d’environ deux jours. Le montant du contrat est de 95 M$.

- En date du 18 février 2010,  140 soldats canadiens sont décédés depuis le début de la mission en Afghanistan, ainsi qu’un diplomate et une journaliste. À ce chiffre, il faut ajouter les blessés et les victimes de stress post-traumatiques dont on parle moins, mais dont le nombre dépasse le millier.

Fabrice de Pierrebourg