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Le juge Bruguière tire à boulets rouges sur le Canada

15 décembre 2009 No Comment

Star de l’antiterrorisme, le juge à la retraite Jean-Louis Bruguière dénonce dans un ouvrage, qui vient de paraître, l’absence de coopération des autorités canadiennes lors d’une enquête majeure sur un groupuscule lié à al-Qaida au Québec. Pire encore, il considère que les islamistes en ont profité de la naïveté du Canada pour en faire leur base arrière.

Celui que l’on surnomme le «cow-boy», en particulier ses détracteurs, peut-être parce qu’il portait sous sa veste un 357 Magnum, n’a jamais eu la réputation de prendre des gants lorsque vient le temps de régler ses comptes.

bruguiere

Il fait encore une fois honneur à sa légende, et faire grincer des dents ici, dans un ouvrage intitulé «Ce que je n’ai pas pu dire» (Robert Laffont) dans lequel il raconte les enquêtes les plus marquantes de sa carrière à la section anti-terroriste parisienne.

L’une d’elles l’a menée en 1999 à Montréal sur les traces d’un groupuscule lié à al-Qaida. Un voyage fertile en rebondissements.

Ces islamistes de la mouvance du GIA algérien étaient impliqués dans diverses attaques en France et un attentat raté contre une réunion des ministres du G7 à Lille en 1996.

Le juge Bruguière et les policiers de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) identifient plusieurs acteurs de ce réseau qui ont pour point commun d’être établis à Montréal. L’un d’eux a pour nom Ahmed Ressam. Il décide donc de venir interroger «les protagonistes du réseau et procéder à des perquisitions».

C’est là que ses affaires se gâtent, semble-t-il.

Présence malvenue

«Dès mon arrivée, écrit le juge Bruguière, […] nous nous heurtons à un obstacle quasi infranchissable : les autorités canadiennes, fort peu coopératives, refusent de nous délivrer un mandat de perquisition».

L’équipe anti-terroriste devra batailler en Cour pour parvenir à ses fins. Là encore, plusieurs autres obstacles se dresseront devant eux.

«[…] nos demandes paraissaient malvenues… Nous ne naviguions manifestement pas dans le sens du vent», écrit-il.

Ressam profitera de ces tiraillements pour fuir sur la côte ouest et mettre au point son projet d’attentat contre l’aéroport de Los Angeles prévu pour la nuit du passage à l’an 2000. Ce ne sera pas la dernière déconvenue du juge Bruguière en sol Canadien. En décembre 2001, un juge ontarien remet en liberté un autre membre présumé du réseau, Abdellah Ouzghar, alors que celui-ci est réclamé depuis le mois d’avril par la France pour y purger une peine d’emprisonnement pour terrorisme. Un des prétextes avancés par le juge est qu’il n’a pas commis d’attentat au Canada.

Une fois encore, le cow-boy ne cache pas sa furie contre les autorités canadiennes lors d’une entrevue au quotidien La Presse. Ouzghar ne sera extradé à Paris qu’en juin dernier après une longue saga judiciaire.

Canad’al-qaida ?

Des années plus tard, dans son ouvrage, Bruguière en vient à la conclusion que al-Qaida a profité de la naïveté des autorités canadiennes, et son souci de ne pas froisser ses «communautés émigrées», «pour utiliser ce pays comme rampe de lancement de ses opérations contre les Etats-Unis».

Il rappelle aussi que à cette époque le «Québec accueille également une communauté algérienne importante – au sein de laquelle se trouvent des éléments radicaux du GSPC» (groupe salafiste pour la prédication et le combat – Algérien).

Selon lui «le curseur, dans le difficile équilibre à trouver entre sauvegarde de la liberté individuelle et protection de la sécurité collective, est mal positionné ».

Vu de l’étranger, les choses ont-elles changées depuis ?

Non si l’on en juge par la réaction d’un à la suite de la libération en avril dernier à Ottawa de Hassan Diab, homme soupçonné d’un attentat meurtrier à Paris

En entrevue à ruefrontenac.com, un responsable français de la lutte au terrorisme avait expliqué qu’il y avait dans le monde des zones de haute pression que les terroristes évitaient, et d’autres, « de basse pression, comme le Canada, où ils peuvent se réfugier sans crainte».

  • Jean-Louis Bruguière a pris sa retraite en 2007. Il est aujourd’hui Haut représentant de l’Union Européenne auprès des Etats-Unis pour la lutte contre le financement des Etats-Unis.Dans son livre, il revient sur les gros dossiers de sa carrière, de l’attentat de la rue des Rosiers à Paris à l’explosion du DC10 d’UTA, les assassinats du groupe de l’ultra-gauche Action Directe, les attaques meurtrières des réseaux islamistes, Shoe Bomber, etc.