Une vision romantique du terrorisme
Pour son premier discours public, Richard B. Fadden, le nouveau patron du Service canadien de renseignement de sécurité, frappe fort.
Le 29 novembre dernier, il était l’invité à un colloque de l’Association canadienne pour les études de renseignement de sécurité (ACERS) à Ottawa. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que monsieur Fadden a exprimé tout haut ce que beaucoup de membres du SCRS ou de divers organismes policiers impliqués dans la lutte au terrorisme, pensent tout bas. En préambule, Richard B. Fadden a voulu rafraîchir la mémoire des Canadiens qui croient à tort que le terrorisme est une menace totalement abstraite au Canada. Vous rappelez-vous en effet que le Boeing 747 D’Air India (vol 182) qui a explosé un matin du 23 juin 1985 au large des côtes d’Irlande avait décollé de l’aéroport de Mirabel au Québec ? Les familles des 379 passagers s’en souviennent, elles.
Depuis quelques mois, les dossiers de Canadiens reliés à des complots terroristes, y compris à l’étranger, sont en nette augmentation. Et c’est sans oublier le groupe des 18 de Toronto dont l’arrestation en juin 2006 avait déclenché une pluie de commentaires sarcastiques. Un groupe terroriste au Canada, prête à tuer des Canadiens, ahahahah. C’était forcément un gros ballon gonflé par les vilains agents secrets pour obtenir plus de budget et faire plaisir à la clique de Bush.
Leur camps d’entraînement dans le nord de l’Ontario une arme à la main ? Bah, juste un week-end entre amis ; une grosse blague.
On les a aussi décrits comme «trop inexpérimentés, mal préparés ou jeunes pour pouvoir vraiment commettre des actes haineux», rappelle Fadden.
Comment expliquer alors que des membres de ce groupuscule plaident coupable les uns après les autres ?
Mais laissons donc Richard B. Fadden préciser sa pensée :
«Nos élites se contentent la plupart du temps de détourner les yeux, alors que les médias ont tendance à limiter leur couverture sur le sujet aux groupes qui semblent penser qu’il suffit d’user de notre charme naturel et d’arborer la feuille d’érable sur nos sacs à dos pour éviter les problèmes.
Mon opinion est qu’en tant que pays, nous voyons du terrorisme ce que nous voulons bien voir. Pour de nombreux leaders d’opinion, les efforts de lutte contre le terrorisme contribuent à miner la démocratie et nos valeurs plutôt qu’à les défendre. Dans presque tous les cas, lorsque le gouvernement prend des mesures pour lutter contre le terrorisme, on l’accuse de réagir de façon excessive ou de porter atteinte à la liberté. C’est assez étrange, puisque le terrorisme constitue en fait l’atteinte ultime à la liberté. Si les terroristes croient en quelque chose, c’est au nihilisme et à la mort. Ils s’en prennent vraiment à n’importe qui sans discrimination.
[...] pourquoi les individus accusés d’infractions terroristes sont-ils souvent représentés dans les médias comme de quasi-héros populaires, malgré les verdicts sévères de nombreux juges? Pourquoi sont-ils toujours photographiés avec leurs enfants?
Des membres de la société civile voient un certain romantisme dans tout cela. Le partenariat flou entre les ONG à but unique, les journalistes qui défendent les présumés terroristes et les avocats qui jouent le rôle de conseillers en relations publiques a fait en sorte, dans une certaine mesure, que les personnes accusées d’avoir des liens terroristes ou de commettre des actes terroristes soient représentées sous un jour favorable.»
On comprendra qu’il vise sans détour les diverses coalitions qui ont assisté et orchestré tout un tintamarre en faveur d’individus frappés d’un certificat de sécurité, en particulier Adil Charkaoui. En même temps, Fadden insiste sur le fait que selon lui la sécurité et les droits ne sont pas deux notions distinctes, opposées, mais «plutôt interreliées comme les brins d’une molécule d’ADN». Rappelons toutefois que l’affaire Adil Charkaoui en particulier a démontré sans aucun doute les limites de ces controversés certificats de sécurité. Pris à son propre piège, le gouvernement canadien a lui-même fourni la corde avec laquelle il s’est pendu.
Le directeur du SCRS jette aussi un pavé dans la mare à propos de l’arrêt de la Cour Suprême qui oblige désormais le SCRS à conserver toutes ses notes, enregistrements, photos, etc., au nom de la protection des libertés civiles. Auparavant, c’était au nom de cette même et légitime protection des libertés civiles que le SCRS devait au contraire faire disparaître à jamais la vaste majorité de ses dossiers secrets. Cherchez l’erreur.
« Je ne suis pas certain que les Canadiens ou même notre appareil national du renseignement soient conscients de toute l’ampleur des répercussions qu’aura cette décision. [...] Je prévois toutefois que d’ici quelques années, et il me fera plaisir d’en parler dans quelques années, que quelqu’un nous accusera d’agir comme la Stasi en raison des informations que nous sommes maintenant tenus de conserver.»
Fabrice de Pierrebourg









