Les Chinois pris la main dans le sac en Allemagne
Lors de la rédaction de notre livre «Ces espions venus d’ailleurs», nous avons souhaité aborder un aspect méconnu de l’espionnage : l’ingérence. Cela englobe les opérations clandestines menées sur le sol canadien par divers états, en général totalitaires, ayant pour but d’identifier, surveiller, intimider et éventuellement neutraliser des opposants à ces régimes pas vraiment démocratiques.
Ce qui est particulièrement scandaleux, c’est que ces sbires agissent en toute impunité. Souvent parce que leurs malheureuses victimes n’osent pas se plaindre aux autorités policières ou bien au SCRS. Par discrétion ou par méfiance vis à vis de ce qui est symbole de l’autorité de l’État. On ne se débarrasse pas aisément des hantises de son passé. Ces tristes sires profitent aussi de l’ indifférence de nos politiciens, ministres, et fonctionnaires de certains ministères face à ces agissements pourtant inacceptables dans une démocratie comme la nôtre.
Pourquoi ? Tout simplement parce que ceux qui tirent ces ficelles sont aussi courtisés pour des raisons économiques. C’est le cas de la Chine par exemple. Que vaut un opposant Tibétain, Ouighour ou un adepte du Falun Gong face à la realpolitik et un éventuel contrat de plusieurs centaines de millions de dollars ? Pas grand chose. Les Tunisiens, marocains, kurdes, indiens de la minorité sikhe, iraniens, etc., ne sont pas mieux lotis.
Revenons à nos amis chinois. Ceux-ci ont mis en place sur le territoire canadien un réseau d’environ un millier d’agents secrets et d’informateurs a t-on appris en avril 2006.
Qui sont ils ? Des agents professionnels agissant sous diverses couvertures dont diplomatiques, mais aussi des hommes d’affaires, des étudiants, des journalistes, etc. On les retrouve aussi au sein d’associations bidons. Certains de ces «touristes hyperactifs» comme les avaient qualifiés avec humour l’ex-patron du SCRS, Jim Judd, appartiennent au sinistre et mystérieux «Bureau 610». Cette «Gestapo chinoise», comme le surnomment les dissidents, a ses antennes dans la plupart des ambassades et consulats, y compris au Canada.
Leur travail consiste à neutraliser les «cinq poisons». Sous ce vocable sans équivoque, on retrouve les Tibétains, les Ouighours du Turkistan de l’Est, les pratiquants du Falun Gong, les opposants de tous acabits et activistes prodémocratie et militants en faveur de l’indépendance de Taïwan.
Lors de mes recherches, j’ai rencontré des membres du Falun Gong et des Ouighours qui m’ont raconté des histoires troublantes survenues ici ces dernières années. L’éventail de l’ingérence chinoise est assez large : pressions politiques sur des députés et des ministres, virus injectés dans les ordinateurs, menaces directes et des pressions sur leurs familles en Chine, voitures aux vitres fumées stationnées sous leurs fenêtres la nuit et j’en passe.
Qu’a t-on fait pour protéger ces personnes et protéger notre souveraineté ? Rien. Pas d’expulsion, pas de mise en garde, même pas une petite tape sur les doigts. À part un modeste deuxième secrétaire du bureau de l’éducation de l’ambassade de Chine à Ottawa à qui on a refusé le renouvellement de son visa en 2006 (ce diplomate avait pour tache de ficher les pratiquants du Falun Gong au Canada et leur mener la vie dure).
Pendant ce temps-là, les sbires de Pékin continuent de s’en donner à coeur joie et réussissent même à museler et censurer ceux qui tentent de dénoncer leurs magouilles. Croyez-moi, même les journalistes canadiens peuvent en subir les frais.
Heureusement, la situation n’est pas la même partout dans le monde. Fin novembre 2009, le magazine allemand Der Spiegel rapportait que la police munichoise a perquisitionné les domiciles de quatre ressortissants chinois suspectés d’être membres d’un réseau d’espionnage opéré depuis le consulat général local. Ces espions et informateurs chinois avaient à l’oeil l’imposante communauté ouïghoure, la plus importante au monde. C’est en effet à Munich que le Congrès mondial ouïghour a établi ses quartiers.
Ces raids médiatiques constituent un avertissement sérieux pour Pékin. Surtout que deux ans auparavant, rappelle le Spiegel, un diplomate chinois avait fait ses valises en catastrophe juste avant d’être interpellé par la police. Il avait été observé à plusieurs reprises en réunion avec des espions qui lui fournissaient des informations sur ces «poisons» ouïghours.
Fabrice de Pierrebourg












