À quoi servent vraiment les Instituts Confucius ?
Le SCRS a rédigé en 2006 un rapport sur l’ouverture d’Instituts Confucius au Canada. Mais il n’est pas le seul service de renseignement occidental à s’être penché sur ces établissements qui se multiplient à une vitesse supersonique à travers le monde. Sont-ils seulement une vitrine culturelle comme le prétend Pékin ? Michel Juneau-Katsuya et moi abordons ce mystère Confucius dans notre ouvrage «Ces espions venus d’ailleurs».
De son vivant Confucius, le célèbre philosophe et penseur de la Chine antique, n’avait certainement pas imaginé que deux siècles après sa mort son nom serait associé à une vaste offensive du Parti communiste chinois pour étendre son influence et polir son image dans le monde entier. Ce que d’aucuns décrivent comme «soft power», ou puissance douce. Ce même Confucius fut banni par Mao parce que sa philosophie était jugée réactionnaire, donc incompatible avec les préceptes communistes. Ironie de l’histoire, par un curieux retour de balancier, l’humaniste honni est perçu aujourd’hui comme le sauveur du système, le fédérateur que l’on appelle au secours pour redonner aux Chinois leur fierté et ressusciter leur fibre nationaliste.
Créés et financés par le Ministère chinois de l’éducation, ainsi que l’Office of Chinese Language Council International (HANBAN), les Instituts Confucius se veulent officiellement les pendants des Instituts Goethe allemands ou bien de L’Alliance Française pour ne citer que les centres culturels les plus connus. On peut par exemple y apprendre la calligraphie et le mandarin grâce à des professeurs envoyés spécialement de Pékin. Ceux qui veulent brasser des affaires en Chine peuvent aussi y trouver de judicieux conseils.
«Les Instituts Confucius sont une fenêtre permettant de montrer la culture chinoise au monde entier et sont un pont qui renforce la compréhension mutuelle entre les peuples», a expliqué le ministre chinois de l’éducation Zhou Ji à Pékin en décembre 2007 lors de la deuxième conférence des Instituts Confucius.
C’est à Séoul en novembre 2004 qu’un premier Institut Confucius a ouvert ses portes. Depuis, ces instituts se sont multipliés à la vitesse de l’éclair dans le monde entier, de l’Afrique – continent particulièrement chouchouté par la RPC faut-il le préciser - aux Amériques du Nord et du Sud, en passant par l’Europe et bien sûr l’Asie.
En février 2009, on ne dénombrait pas moins de 314 Instituts Confucius répartis dans 81 pays ou régions. Et ce n’est pas fini. Les autorités chinoises prévoient en ouvrir au total 1000 d’ici 2020.
Cette hyperactivité a rapidement attiré l’attention de plusieurs services de renseignement occidentaux. Se pourrait-il en effet que cette vaste entreprise de charme destinée à propager une image positive de la Chine, créer une vraie «sinomanie», cache d’autres intentions inavouées et malicieuses ? C’est la question que se sont posés aussi les analystes du SCRS dans leurs bureaux du rutilant quartier général du SCRS à Ottawa. Dans un rapport classé «secret» et rédigé en 2006, soit juste après l’ouverture d’un premier institut au sein de l’Institut de technologie de la Colombie-Britannique (BCIT), les agents canadiens notent en préambule:
«Le gouvernement de la République populaire de Chine (RPC) est déterminé à accroître sa puissance militaire et son pouvoir économique et à augmenter sa puissance douce en même temps. Autrement dit, la Chine veut que tout le monde s’éprenne d’elle et de tout ce qui est chinois.»
Fidèle à son habitude, le gouvernement canadien a largement censuré ce rapport avant de nous en faire parvenir une version déclassifiée. Ce qui signifie à coup sûr que les passages caviardés auraient pu poser un problème «diplomatique», ou révéler des secrets liés à l’enquête, s’ils avaient été divulgués au public. Mais le simple fait que le SCRS ait consacré un rapport aux Instituts Confucius est déjà un indice en soi. Il suffit de se remémorer la sortie virulente du directeur du service à propos des activités d’espionnage chinoises en sol canadien quelques semaines plus tard pour devant un comité sénatorial pour s’en convaincre.
Les agents canadiens en étaient venus à se poser les mêmes questions que certains de leurs confrères occidentaux. À savoir, est-ce que les partenariats signés entre chacun de ces instituts avec une université chinoise et locale et dans nombre de cas des entreprises de haute technologie chinoises ne seraient pas en fait le prétexte à une vaste opération de siphonage, de drainage, d’informations scientifiques et technologiques. La puissance douce au service de l’espionnage doux!
Cela ne serait pas étonnant surtout lorsque l’on apprend, que plusieurs officiers de renseignement ont été placés à la tête ou parmi les dirigeants du réseau Confucius. D’ailleurs, le groupe de renseignement responsable pour la gestion de l’opération est le fameux Ministère du Front du Travail Uni (United Front Work Department) chargé de plusieurs taches d’envergure à l’étranger : propagande, contrôle des groupes d’étudiants chinois, recrutement de sources dans la diaspora chinoise et d’étrangers sympathiques à la Chine, et les opérations clandestines à long terme. D’ailleurs le Comité Central du Parti communiste a alloué en mars 2007 un budget additionnel de 3$ milliards afin d’accroître le « pouvoir doux » et l’image de la Chine à l’étranger.
Parmi les exemples troublants, citons celui de l’Institut Confucius de Poitiers, en France, qui a travaillé main dans la main avec la compagnie chinoise de télécommunication ZTE Technologies et l’université de Nanchang. Il y a aussi l’Université du Texas, à Dallas, qui se plait à mentionner dans ses communiqués qu’elle se trouve au cœur du «corridor des télécoms» où se trouvent plusieurs multinationales. L’Institut Confucius qui y a ouvert ses portes à l’automne 2007, grâce à un don de 100 000$ US du gouvernement chinois, compte parmi ses administrateurs le vice-président de Huawei Technology industries. Une compagnie concurrente de géants comme Cisco, Lucent ou Alcatel et qui est présentée comme un chef de file dans la fourniture de réseaux de télécommunications de nouvelle génération. Créé par un ancien officier de l’Armée populaire de Libération, Huawei clame qu’il n’a aucun lien avec le pouvoir en place et encore moins avec les militaires de son pays. Mais l’équipementier chinois, qui soit dit en passant a établi une joint-venture avec Nortel au Canada, a été au cœur de plusieurs polémiques en Inde et en Grande-Bretagne après ses tentatives avortées pour empocher des contrats de fourniture d’équipement dans des domaines sensibles à ces états, ou bien racheter une compagnie britannique œuvrant dans le secteurs de la défense (Marconi). La compagnie a aussi été reconnue coupable d’avoir copié illégalement un microprocesseur de Cisco. Tellement bien copié que même les « bugs » y étaient présents. La chaîne de montage était même dans la même usine où étaient fabriqués les microprocesseurs de Cisco en Chine. La firme a été reconnue coupable et bannie de faire affaire aux États-Unis pendant cinq ans. À chaque fois, les services secrets locaux ont envoyé des messages d’alerte à leurs gouvernements respectifs.
Aujourd’hui, le Canada abrite au moins quatre autres Instituts Confucius:
• Edmonton (Alberta School for the Deaf),
• Waterloo (Université de Waterloo), jumelée avec l’université de Nanjing
• Moncton (Atlantic Education International)
• Montréal et Sherbrooke (Université de Sherbrooke et Collège Dawson), liés avec l’Université normale de Pékin.
Tous se sont vus allouer un budget conséquent ainsi que des milliers de livres, DVD et autres documents sur la Chine afin de garnir leurs bibliothèques. [...]
Fabrice de Pierrebourg












