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Le boss des espions canadiens s’en va

18 avril 2009 No Comment

Jim Judd, le grand patron du SCRS (Service canadien de renseignement de sécurité), quittera ses fonctions en juin 2009, au grand dam de ses collègues.

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Ce départ anticipé peut surprendre a prioriparce qu’il survient à quelques mois du terme de son mandat de cinq ans. Mais ceux qui le connaissent bien n’ont pas été étonnés outre mesure. Il faut dire que Jim Judd, 61 ans, était déjà admissible à une retraite bien méritée après 36 ans au service du gouvernement fédéral dans des postes les plus variés, que ce soit au ministère des Affaires étrangères, au Conseil du Trésor ou à la Défense nationale.

Cette démission n’aurait rien à voir, dit-on, avec le fait que son service ait fait les manchettes à de nombreuses reprises au cours des dernières semaines. On pense notamment à toute la polémique qui entoure le dossier d’Abusofian Abdelrazik, ce Montréalais soupçonné de terrorisme par de nombreux organismes internationaux dont les Nations Unies, emprisonné à deux reprises au Soudan et bloqué depuis des mois à l’ambassade du Canada à Khartoum.

Christopher McCluskey, porte-parole du ministre de la Sécurité publique Peter Van Loan, vante son «professionnalisme» et «le fort leadership dont il a fait preuve au SCRS, tant au Canada qu’à l’étranger, à un moment le plus important de son histoire».

Il a aussi indiqué à RueFrontenac.com qu’aucune décision n’avait été prise encore en ce qui concerne la nomination de son successeur. Viendra-il de l’intérieur ou de l’extérieur ? Nul ne le sait. Certains noms circulent déjà, dont celui du Québécois Luc Portelance. Cet ancien du service de renseignements de la GRC a gravi plusieurs échelons dans la hiérarchie du SCRS depuis sa création, en 1984, avant d’être nommé sous-ministre à l’Agence des services frontaliers, en août 2008. Mais il serait surprenant qu’il fasse le chemin inverse, dix mois à peine après cette nomination.

Succéder à Jim Judd représentera tout un défi tant l’homme a fait sa marque depuis son arrivée, en novembre 2004, et suscité une belle unanimité parmi ses collègues. C’est grâce à lui, font remarquer certains, si le SCRS a pris du galon, s’il est devenu un organisme respecté, tant dans les sphères du pouvoir à Ottawa qu’à l’étranger, auprès des services «amis». Nul doute que désormais, les aspirants au pouvoir seront nombreux.

Quelques révélations choc

Même s’il n’était ni du genre flamboyant ni grande gueule, le patron du SCRS avait le don de surprendre lorsqu’il distillait des informations qui, en d’autres temps, seraient demeurées cachées sous le tapis.Il a par exemple révélé que des agents du SCRS étaient à l’oeuvre en Irak, en Afghanistan ainsi qu’au Liban pendant la guerre de l’été 2006. C’est grâce à lui si on a appris que le SCRS était implanté dans une cinquantaine de pays. On lui doit aussi une sortie en règle, en avril 2007, contre les activités d’espionnage de la Chine, menées en particulier par des «touristes hyperactifs», qui monopolisaient à eux seuls la moitié de ses ressources du contre-espionnage. La chose mérite d’être signalée car elle vient contrecarrer la détestable habitude qui règne en haut lieu de ne jamais citer un pays en particulier.

Même si celui-ci franchit la ligne jaune, on ne doit froisser aucune sensibilité et encore moins gêner le commerce. Jim Judd savait aussi trouver le ton et les mots justes pour convaincre le gouvernement d’ouvrir généreusement sa sacoche.

«Lorsqu’il parlait, on l’écoutait», résume une de nos sources. Il suffit de jeter un œil sur le quartier général ultramoderne du SCRS à Ottawa pour s’en convaincre. Un bâtiment qui va encore s’agrandir au cours des prochains mois grâce à des travaux de 70 M$. Une expansion rendue nécessaire par l’accroissement continu des effectifs à la suite des attentats de septembre 2001. Une montée en puissance du recrutement après des coupes massives imposées à la fin des années 1990 dans les budgets et les effectifs par ceux qui croyaient le SCRS obsolète après la fin de la guerre froide.

- Dans le plus récent rapport annuel du SCRS, Jim Judd insiste sur la menace que représente toujours le terrorisme, en particulier celle d’origine intérieure. Une menace qui demeure la «priorité du SCRS dans un avenir prévisible» dit-il. Mais il s’alarme aussi de la «vigueur» retrouvée de l’espionnage comme aux grandes heures de la guerre froide, de l’ingérence étrangère ainsi que de la prolifération des armes de destruction massive.

Mise à jour : C’est Richard B. Fadden qui a succédé en juin 2009 à Jim Judd.