Le vrai Kandahar
Ce samedi, après avoir assisté à la petite cérémonie en l’honneur de la journée internationale des femmes (voir billet précédent), je suis parti me promener avec mon guide-interprête dans les rues de Kandahar. Comme un touriste. Nous avons déambulé au coeur de la ville, entre-autres dans le bazar. Kandahar est une sorte de Port-au-Prince orientale. Une pauvreté effrayante et un chaos automobile organisé. La conduite se fait au klaxon. J’ai souvent fermé les yeux en voyant arriver face à nous un taxi, un vélo ou un piéton qui avait décidé de traverser juste sous nos roues avant. Nous avons marché dans des rues minuscules, entourés d’une foule grouillante. J’ai pu faire des dizaines de photos dans des petites échoppes où cela faisait longtemps qu’un occidental n’avait pas mis les pieds. Nous n’avions que des sourires à échanger, mais ils ont ouvert toutes les portes. J’ai vu des artisans marteler du métal, un marchand de tapis, un tailleur, un vendeur de vidéo-pirates… J’ai dégusté des pâtisseries succulentes au miel et à la fleur d’orange. Nous avons échangé quelques mots, parlé de l’avenir du pays… C’était le bonheur. C’était le vrai Afghanistan.
Bien sûr, pour des raisons de sécurité, nous ne sommes jamais restés bien longtemps au même endroit. Lorsque nous sommes rentrés à la base de la coalition, à une vingtaine de kilomètres de la ville, notre chauffeur a subitement plongé sur le bas-côté. Un convoi de Humvee américains approchaient à vive allure, mitraillettes dirigées de tous côtés.Toute la circulation s’est figée. Le convoi est passé, la vie a repris. J’ai voulu sortir faire une photo, mais mon guide m’en a dissuadé. «Ne fais pas ça, la dernière fois ils ont tiré sur un journaliste». Vrai ou pas, je n’ai pas pris le risque.
Pour la première fois, je me trouvais de l’autre côté de la barrière. J’ai vécu ce que vivent les Afghans dont les routes, les viles et les villages sont traversés par ces convois roulant à vive allure. C’est drôle, parce que hier soir en me couchant, j’avais un mauvais feeling. Je me faisais toutes sortes de films dans ma tête. J’étais prêt à annuler ma sortie. Mais ce matin, j’ai fait confiance à mon sixième sens et à l’expertise de mon guide qui connaît la ville et ses dangers mieux que quiconque. Je n’ai pas connu la même angoisse que lorsque je traversais la vile ou que je parcourais les chemins dans un blindé canadien. Ces convois bien qu’armés jusqu’au dents sont des cibles pour les kamikazes et les poseurs de bombes artisanales. Aujourd’hui, j’aurai pu me faire tirer dessus par un blindé de la coalition ou bien me faire kidnapper. Mais j’y ai rarement pensé. Ce qui prouve que la peur est avant-tout un sentiment irrationnel.
(8 mars 2008)












